Le deuil de l’allaitement

Avant d’être enceinte, se dire que ça n’est pas pour soi, que l’on a pas envie, que l’on n’est pas assez à l’aise avec cette partie de son corps, que l’on n’a pas besoin de ça.

Tomber enceinte de lui et se dire pourquoi pas. On verra bien. Se renseigner sur le sujet et faire une partie du chemin dans sa tête et dans son coeur.

Et puis il y a eu cette échographie. La première. Celle où l’émotion de voir mon enfant se matérialiser devant mes yeux m’a terrassée. C’est ce jour là que tout a changé, je crois.

J’ai alors parcouru internet à la recherche de témoignages. J’ai lu de nombreux récits de femmes relatant leurs difficultés à allaiter. Première découverte pour moi qui pensais que mettre son enfant au sein était une chose instinctive. Et bien non, ça s’apprend.

Soit. N’ayant dans mon entourage aucune femme qui n’a vécu cette expérience, je vais chercher les renseignements là où ils sont. Le site de la Leche Ligue, le blog de la poule pondeuse, celui de Mamansurterre, l’ouvrage du Dr Thirion -considéré pour beaucoup comme la bible des  femmes qui allaitent- m’apprendront un tas de choses et me permettront de comprendre les écueils à éviter.

Je me prends à rêver d’un allaitement jusqu’à son entrée en crèche, l’esquimau aura alors 7 mois. Avec Papa d’hiver on calcule les économies que l’on va pouvoir faire tout en se demandant pourquoi la majorité des femmes n’allaitent pas au sein leur enfant, il y a tellement plus d’avantages que d’inconvénients… Des articles comme celui-ci ont achevé de nous convaincre que le lait industriel  ne passerait pas par notre fils.

Vous l’aurez compris, je partais, nous partions, hyper motivés, un poil militants et plutôt confiants tout en ayant à l’esprit que nous pouvions rencontrer quelques difficultés mais que ça en valait tellement la peine.

Il a d’abord fallu trouver un soutien-gorge d’allaitement. Première difficulté. Première déception: ma taille n’existe pas…en soutien gorge classique non plus d’ailleurs…. J’ai en effet pris énormément de poitrine -moi qui suit déjà bien servie en temps normal!- et me retrouve à quelques semaines de l’accouchement avec des seins très imposants. La montée de lait 3 jours après l’arrivée de l’esquimau achèvera de les transformer en pastèques. Quels vêtements vais-je pouvoir mettre ?

Les premières mises au sein de l’esquimau ont été compliquées, très. Les auxiliaires de la mat’ ont été en dessous de tout. Souvenir amer de les avoir laissé faire pression sur la tête de mon fils en lui beuglant sèchement de téter. Moi qui m’étais promis de le protéger de toute forme de violence…je me sens complètement nulle et désemparée.

Visite d’une conseillère en lactation qui remet les choses à peu près dans l’ordre. Je découvre les bouts de seins et le tire-lait, mes nouveaux meilleurs amis ! Ce n’est vraiment pas ce que j’avais imaginé mais le principal c’est que l’esquimau prenne mon lait, que j’ai en abondance. Je suis fière mais fatiguée.

Puis le retour à la maison, l’obligation de prendre une pilule compatible avec l’allaitement mais qui ne me convient absolument pas, les montées de lait douloureuses, les seins qui coulent, le bébé qui devient complètement frénétique à leur contact. Les tétées de nuit sont très difficiles, je ne peux pas allaiter couchée, le bout de sein tombe sans arrêt et je dois tirer mon lait après chaque mise au sein. Je suis claquée, je pleure régulièrement et Papa d’hiver se sent totalement impuissant.

Puis est arrivé le premier biberon de lait tiré et un sevrage en douceur pour notre fils non sans peine et sans remords.

Aujourd’hui, l’esquimau grandit bien avec un bon lait bio. Je profites mieux des instants passés avec lui. Je culpabilise moins mais je suis toujours aussi déçue face à cet échec. Peut-être avais-je idéalisé l’allaitement ? Où étaient ces instants magiques de fusion promis ? Combien de mois aurait-il encore fallu attendre ?

Je pense qu’il doit y avoir un lien entre ma difficulté pendant la grossesse à partager mon corps et cet échec d’allaitement. Allaiter c’est continuer de s’impliquer par le corps et je n’en n’étais peut être pas capable.

Pourtant, je ne regrette pas une seule seconde ce micro allaitement. J’ai donné le sein à mon fils deux semaines lui offrant ainsi une transition plus douce entre le monde in-utero et la vie à l’extérieur.

C’est du moins ce que je veux croire.

Allez, j'exagère à peine...

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6 commentaires sur “Le deuil de l’allaitement

  1. alameresi dit :

    Tes mots sont très justes et je comprends parfaitement ta difficulté à « partager ton corps » pendant ta grossesse. C’est ce que j’ai vécu la première fois et que je revis en ce moment pour ma 2ème grossesse….
    J’ai allaité ma fille pendant 6 mois, alors que je pensais ne pas en être capable, et puis je n’étais pas à l’aise avec cette partie de mon corps, avec cette fonction que ma poitrine allait prendre. finalement cela s’est bien passé (même si ma fille était très souvent collée à mon sein les 2 premiers mois et que ce n’était pas toujours facile). Et à 6 mois aussi qd c’est elle qui a voulu arrêter, j’ai eu du mal à faire mon deuil.
    Les deux premières semaines sont importantes pour le nourrisson, c’est déjà super de l’avoir fait. Et puis à 2 semaines, comme à 3, 6 ou 9 mois, le deuil est difficile, donc ne regrette rien!

    • Maman d'hiver dit :

      Bienvenue Alameresi et merci pour ces gentils mots, ils me vont droit au coeur.
      L’arrêt de l’allaitement est difficile parce que c’est un peu comme la grossesse. On l’a attendu, on l’a voulu et puis ça ne se passe pas comme prévu, on ne ressent pas ce que l’on pensait et c’est culpabilisant parce qu’on se dit que notre enfant mérite mieux…

  2. pauline k dit :

    Ton article me touche… J’ai vécu la même chose avec mon fils, un allaitement qui ne se passait pas comme je l’avais imaginé. Après 4 semaines, le biberon fut un soulagement mais une grosse déception aussi. Par contre, il se peut que cela se passe super bien avec ton 2e enfant (si tu prévois…) comme dans mon cas. Ma fille a 6 semaines et ça se passe super bien.
    Chaque enfant est unique, chaque allaitement aussi 🙂

    • Maman d'hiver dit :

      Bienvenue pauline k !
      Avec un deuxième on est peut-être aussi mieux préparée au sens où l’on ne se fait pas d’illusions. C’est chouette de pouvoir vivre ça avec ta fille, une sorte de petite revanche 😉

  3. alice dit :

    Quel témoignage bouleversant…
    Ha ce qui est pourtant considéré comme le plus naturel n’est pas si simple qu’on pourrait le penser en effet..

    • Maman d'hiver dit :

      Effectivement, du coup quand ça ne marche pas on se sent vraiment nulle… Mais le principal c’est de ne pas rester sur cet échec et d’avancer même si la nouvelle direction n’est pas celle que l’on avait souhaité au départ.

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